Le géant américain de l'intelligence artificielle n'est pas seulement une entreprise. C'est aussi une société qui a une vision du monde, qu'elle vient de brièvement présenter sur X.

L'âge de l'intelligence artificielle est actuellement en train de naître. Et rien n'indique plus cette nouvelle ère que l'utilisation de la technologie dans les derniers conflits en date, que ce soit du côté d'Israël lors des bombardements sur la bande de Gaza, ou des États-Unis contre l'Iran. Mais si certains acteurs du secteur, comme Anthropic et Dario Amodei, essayent de mettre des limites à l'utilisation guerrière de l'IA, d'autres comme Palantir sont plutôt dans un enthousiasme sans frein.
La fin de l'âge atomique sonnée par l'émergence de l'IA
Voilà un texte qui a fait parler sur les réseaux sociaux ce week-end. Le géant américain de l'IA Palantir vient en effet de produire, dans un message en 22 points, et qui se veut un résumé du livre The Technological Republic, son manifeste. Une façon de communiquer au plus grand nombre sa vision du monde.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Palantir nous promet une véritable révolution à venir. La société d'Alex Karp affirme ainsi que « l'ère atomique touche à sa fin. Une ère de dissuasion, l'ère atomique, touche à sa fin, et une nouvelle ère de dissuasion fondée sur l'intelligence artificielle s'apprête à commencer. » Et dans ce domaine, les États-Unis devraient éviter de se mettre des limites, au risque de se faire dépasser par d'autres puissances qui ne se seraient pas laisser freinées par des discours moraux.

La Silicon Valley aurait une « dette morale » envers la nation américaine
« La question n'est pas de savoir si des armes dotées d'intelligence artificielle seront mises au point, mais qui les mettra au point et dans quel but. Nos adversaires ne s'attarderont pas à mener des débats théâtraux sur les mérites du développement de technologies ayant des applications cruciales pour la sécurité militaire et nationale. Ils passeront à l'action » affirme-t-on ainsi du côté de Palantir.
Et ceux qui vont devoir se mettre à la tâche pour offrir ces armes IA aux États-Unis, c'est bien évidemment les sociétés et les ingénieurs de la Silicon Valley. Et Palantir le précise, ce serait ici non pas simplement un horizon, mais bien un « devoir ». « La Silicon Valley a une dette morale envers le pays qui a rendu son essor possible. L'élite des ingénieurs de la Silicon Valley a le devoir de participer à la défense de la nation » a-t-il été lancé.
La force et la contrainte au menu chez Palantir
Et c'est là que les choses commencent à prendre un tour franchement inquiétant. Car pour la société américaine, à l'avenir, il faudrait sortir du schéma volontaire de participation aux grandes entreprises publiques des démocraties libérales modernes, pour aller vers une communauté politique plus contraignante.
« Le service national devrait être un devoir universel. En tant que société, nous devrions sérieusement envisager de renoncer à une armée entièrement composée de volontaires et ne mener la prochaine guerre que si chacun en partage les risques et les coûts » promeut Palantir. De même, le manifeste indique qu'il faudra, pour les sociétés démocratiques, ne plus seulement compter sur le côté séduisant d'un régime politique appuyé sur la liberté, mais que, pour vaincre au XXIème siècle, il y a besoin de « puissance dure, et en ce siècle, cette puissance dure reposera sur les logiciels. »
Une apologie de l'empire américain et un appel au réarmement du Japon et de l'Allemagne
Il résulte de tout cela plusieurs conséquences géopolitiques, pour Palantir. D'abord, l'entreprise se pose en défenseur des États-Unis, car « aucun autre pays dans l'histoire du monde n'a autant promu les valeurs progressistes que celui-ci. » « La puissance américaine a permis de maintenir une paix d'une durée exceptionnelle » a-t-il été ajouté. Chez Palantir, tous les efforts doivent donc être faits pour maintenir le leadership de l'empire américain.
Ce qui devrait passer notamment par une révolution dans l'ordre international post-1945, puisque la firme d'Alex Karp demande à ce que l'on revienne sur le résultat majeur de la seconde guerre mondiale, à savoir le désarmement du Japon et de l'Allemagne. « Il faut mettre fin à la neutralisation de l'Allemagne et du Japon imposée après la guerre. La mise hors d'état de nuire de l'Allemagne a constitué une correction excessive dont l'Europe paie aujourd'hui le prix fort. Un engagement similaire et hautement théâtral en faveur du pacifisme japonais, s'il se poursuit, risque également de modifier l'équilibre des pouvoirs en Asie » explique le manifeste.
Enfin, le manifeste s'achève par une attaque contre l'idée d'égalité entre les cultures, et celle de pluralisme. « Nous devons résister à la tentation superficielle d'un pluralisme vide de sens » défend ce texte. Une façon de se poser au cœur de la révolution conservatrice mondiale que veut promouvoir l'administration Trump ?
Source : Palantir sur X